Profil d’un acteur du changement : Le bureau des conférenciers – table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté

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Nous nous sommes entretenus avec Jennifer Chivers et Naseem Saeed Sherwani, de la table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté, pour parler des efforts déployés par le bureau des conférenciers pour créer des communautés inclusives. Notre entretien a eu lieu lors de la dernière journée d’activités du sommet Cities Reducing Poverty: When Business is Engaged, de Vibrant Communities Canada, qui s’est tenu à Hamilton, en Ontario, du 4 au 6 avril 2017.

La table ronde vise à faire de Hamilton le meilleur endroit pour élever un enfant. Pour atteindre cet objectif, ses participants plaident en faveur d’un changement de politique et animent des discussions sur la pauvreté. Au nombre de ses partenaires, qui viennent des quatre coins de Hamilton, figurent des leaders du secteur des affaires et du secteur sans but lucratif (Hamilton Chamber of Commerce et Hamilton Community Foundation), le gouvernement (Ville de Hamilton) ainsi que des personnes qui vivent la pauvreté au quotidien.

Le bureau des conférenciers, appelé Speak Now, est une initiative de la table ronde, plus précisément du groupe de travail sur le changement des mentalités. Il offre à ses membres une plateforme qui leur permet de partager leurs expériences sur la pauvreté et l’exclusion. Les membres du groupe de travail se sont rendu compte qu’il existe, au sein de notre communauté, des personnes qui savent ce qu’est la pauvreté. Inutile de les convaincre à quel point ces personnes souffrent et sont marginalisées. Cependant, il existe aussi des gens qui préfèrent se mettre la tête dans le sable et nier que le problème est réel et qu’ils peuvent faire partie de la solution. Quelque part se trouvent des gens prêts à écouter les participants de la table ronde et à garder leur cœur et leur esprit ouverts. Voilà où s’ouvre la possibilité de changer les mentalités. Les résidents ont été invités à se présenter et à partager leur expérience de la pauvreté afin de déconstruire les stéréotypes.Les récits sont au cœur du travail du bureau des conférenciers. Ils lui permettent de mieux comprendre ce que vivent les gens frappés par la pauvreté, de tisser des liens et de changer les mentalités à l’égard de la pauvreté, ce qui est essentiel au travail de la table ronde. Il est possible de changer les mentalités au sein des organisations communautaires ainsi que des secteurs public et privé, en faisant valoir aux parties intéressées les avantages qu’elles peuvent en tirer pour elles-mêmes et pour leur communauté.

Au fil du temps, les membres du bureau des conférenciers ont acquis les connaissances et la confiance nécessaires pour se joindre à des conseils et à des comités. Par exemple, un des membres siège maintenant au conseil d’administration de la Clinique juridique communautaire de Hamilton. D’autres membres sont retournés aux études, par exemple pour suivre une formation professionnelle ou obtenir un diplôme d’études supérieur. De plus, les membres du bureau ont pris la parole au cours de 200 activités différentes, afin de partager leurs récits et d’établir un lien entre la pauvreté et d’autres sujets, comme le chômage, l’immigration et les soins de santé. Naseem a vécu la pauvreté lorsqu’elle a eu de la difficulté à trouver un emploi malgré ses compétences professionnelles et son diplôme universitaire. Depuis ses débuts au bureau des conférenciers, elle est devenue une conférencière chevronnée. Aujourd’hui, elle se montre confiante dans ses discours. Elle a été nommée responsable des communications avec les participants de la table ronde par ses anciens collègues. Naseem s’entretient directement avec eux, puis fait part de leurs inquiétudes à Jennifer pendant la table ronde. Elle en est venue à jouer un rôle de conseillère concernant les relations entre les participants de la table ronde et les membres du bureau des conférenciers.

Naseem incarne l’enthousiasme des membres du bureau des conférenciers et leur volonté de prendre part à une action élargie visant à améliorer le bien-être de la société. Lors de notre conversation, Naseem et Jennifer ont raconté l’histoire d’un membre atteint de troubles de santé mentale. Ce dernier a retrouvé force et confiance grâce à la formation du bureau des conférenciers, en plus de mettre sur pied des lieux d’échange sur le logement pour les personnes atteintes de troubles de santé mentale. Les membres du bureau des conférenciers sont des personnes hautement productives et motivées, mais le manque de possibilités d’emploi et de soutien social les empêche de sortir de la pauvreté. Naseem a souligné que certains immigrants occupent des emplois précaires et n’ont pas assez d’occasions de croissance professionnelle, même s’ils ont déjà travaillé au Canada.

Nous avons demandé à Jennifer et à Naseem de définir la pauvreté à la lumière de leur travail quotidien au bureau des conférenciers. Pour elles, il s’agit d’une injustice créée par l’humain qui peut être corrigée et éradiquée par l’humain. La pauvreté peut s’apparenter à un crime, car les victimes sont dépouillées de leur droit au bien-être. L’éradication de la pauvreté, c’est l’accès universel à un logement décent, à un apport calorique adéquat et à des services de santé. Les récits jouent un rôle clé dans la compréhension de la pauvreté, car ils fournissent les données qualitatives nécessaires pour opérer un changement de politique.

Notre conversation s’est terminée sur quatre leçons à retenir pour favoriser l’écoute menant au changement transformationnel :

  • Un animateur bien formé qui sait écouter peut faire toute la différence au moment de mettre sur pied un bureau de conférenciers.
  • L’écoute, c’est le fait de filtrer les émotions afin d’entendre les mots et de comprendre la réalité des personnes exclues.
  • L’animation, c’est la compréhension de la dynamique humaine des interactions. Les idées jaillissent lorsqu’on permet aux gens de s’exprimer dans un environnement sécuritaire et organique. Chacun devient porte-parole.
  • Il existe plus d’une façon d’écouter, car chacun communique différemment : par le jeu, la peinture, la vidéo, la photographie, l’écriture, etc.

Remarque : Le 4 avril 2017, la table ronde de Hamilton pour la réduction de la pauvreté a obtenu le prix Leadership in Poverty Reduction pour son travail remarquable au sein de sa communauté. Pour en apprendre davantage sur les prix Cities Reducing Poverty 2017 de Vibrant Communities Canada, cliquez ici.

À propos de Jennifer Chivers

Jennifer offre du soutien administratif et logistique aux participants de la table ronde, à titre de personne-ressource pour les gens au Canada qui souhaitent en apprendre davantage sur le travail de la table ronde. Elle collabore avec divers partenaires, comme les établissements universitaires, les organisations communautaires et les autorités locales. De plus, elle coordonne le bureau des conférenciers.

À propos de Naseem Saeed Sherwani

Naseem est membre du bureau des conférenciers depuis 2014. Grâce à cette initiative, Naseem a suivi une formation sur l’art oratoire en plus d’avoir eu la chance de donner des conférences sur divers sujets liés à la pauvreté, comme la formation professionnelle, l’immigration et le salaire vital. Elle joue actuellement un rôle consultatif au bureau des conférenciers. De plus, elle aide les membres à trouver des idées ainsi qu’à adapter et à livrer leurs discours.

 

Initiative « Cities Reducing Poverty » ou Ces villes qui veulent réduire la pauvreté | À l’écoute de tous

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PAR MEGAN WANLESS

La pauvreté est un problème complexe qui ne peut être abordé en dehors de son contexte ni réglé par un nombre restreint de personnes. Nous savons que la pauvreté touche tout le monde, qu’elle peut être vécue de différentes manières et qu’elle comporte un grand nombre d’éléments et d’intervenants interreliés. Nous savons aussi que pour trouver des solutions globales à des problèmes complexes comme la pauvreté, les communautés doivent s’unir afin de mieux connaître leurs forces, comme leurs connaissances, leur expérience, leurs habiletés et leurs ressources, et de les mettre à profit. L’objectif est de bien cerner le problème et de prendre toutes les mesures nécessaires pour le régler.

Au fil des ans, l’idée de rassembler tous les intervenants afin de s’attaquer à des enjeux complexes a gagné beaucoup de terrain, notamment depuis l’introduction de la notion d’impact collectif, en 2011 (voir Kania et Kramer, 2011). Au cours des 15 dernières années, Collectivités dynamiques Canada (une division du Tamarack Institute) a créé un réseau de villes qui s’emploient à réduire ensemble la pauvreté. L’initiative Cities Reducing Poverty est un mouvement d’impact collectif regroupant 57 villes ou régions membres qui, ensemble, visent à réduire la pauvreté grâce à des interventions locales, tant au niveau des personnes que des ménages, ainsi qu’à des changements stratégiques et systémiques. Ces initiatives locales et multisectorielles sont étayées par des stratégies provinciales et territoriales de réduction de la pauvreté et par le récent mandat du gouvernement fédéral visant l’élaboration d’une stratégie canadienne de réduction de la pauvreté. Nous observons actuellement un mouvement national qui cherche à éradiquer la pauvreté.

Cependant, bien que l’on s’accorde à dire que la participation de tous est essentielle dans la lutte contre les problèmes comme la pauvreté, c’est plus facile à dire qu’à faire. Le plus difficile demeure souvent de trouver les bonnes personnes parmi les multiples secteurs et points de vue et de tirer profit de cet engagement afin de créer un changement durable. Parmi les difficultés les plus courantes dont les agents du changement collaboratif sont témoins, citons la surreprésentation de certains secteurs, la trop grande importance accordée aux « suspects habituels » et le silence des personnes qui sont les plus au fait des enjeux, mais qui n’ont pas les relations nécessaires pour participer au débat.

Lors d’un sommet de l’initiative Cities Reducing Poverty, qui a eu lieu à Edmonton l’année dernière, la présidente directrice générale de Venture Publishing Inc., Ruth Kelly, s’est adressée à plus de 300 professionnels de la réduction de la pauvreté, à des personnes ayant connu la pauvreté ainsi qu’à des représentants élus et à des employés municipaux, affirmant qu’elle était sans doute la seule entrepreneure présente. Elle les a aussi mis en garde en leur rappelant que si elles ne sollicitaient pas le secteur des affaires plus rapidement, ce dernier deviendrait un obstacle à leur réussite. Elle a parlé de l’importance de sensibiliser tous les membres de la société aux avantages (sociaux et autres) de la réduction de la pauvreté et affirmé que chacun doit faire partie de la solution. Avant de recevoir une salve d’applaudissements, Mme Kelly a souligné qu’elle souhaitait qu’un groupe de personnes plus diversifié soit présent lors de la prochaine conférence afin d’élargir le débat et de rassembler le plus grand nombre de personnes possible dans le but de trouver ensemble des solutions. Voir la vidéo dans son intégralité ici (en anglais seulement).

Cette année, le sommet Cities Reducing Poverty: When Business is Engaged du Tamarack Institute aura lieu du 4 au 6 avril à Hamilton, en Ontario. Les voix souvent sous-représentées auront la chance de participer à la conversation. Les chefs d’entreprise se joindront aux organisateurs communautaires, aux maires, aux employés municipaux, aux représentants des administrations fédérales, provinciales et territoriales, aux leaders autochtones, aux bailleurs de fonds, aux décideurs ainsi qu’aux personnes ayant connu la pauvreté pour discuter de la façon dont on peut mettre fin à ce problème de façon collaborative.

Nous savons que le secteur des affaires joue un rôle majeur et crucial dans nos efforts collectifs visant à éradiquer à la pauvreté. Cependant, il ne faut pas s’attendre à ce que les chefs d’entreprise aient réponse à tout. Ce n’est qu’en mobilisant les représentants de tous les secteurs que nous pourrons réassembler les morceaux du casse-tête qu’est celui de la réduction de la pauvreté et commencer à repenser et à réorienter la façon dont nous pouvons rendre nos communautés plus dynamiques et plus prospères pour tous.

Pour de plus amples renseignements sur le sommet de cette année, intitulé Cities Reducing Poverty: When Business is Engaged, rendez-vous sur le site Web de l’évènement ou communiquez avec Alison Homer à Alison@tamarackcommunity.ca