L’innovation sociale et les villes – Les Jardins Gamelin, Montréal

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Cette poste blogue a été écrite pour la Fondation de la famille J.W. McConnell. Elle est partagé ici avec la permission de l'auteure.

Innovation
Définition: processus d’influence qui conduit au changement social et dont l’effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles.

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Pour qu’il y ait vraiment une innovation sociale au sein de la ville, il doit d’abord y avoir un mariage entre l’innovation économique/technique et l’innovation communautaire, car c’est en grande partie la communauté qui bénéficiera de ces changements. Par la communauté, on n’entend pas seulement les représentants de celle-ci, mais tous ses usagers : les enfants, les jeunes, la population active, la population inactive, les personnes âgées, les handicapés, les nouveaux arrivants, les immigrants et les premières nations. Il importe de bien identifier les besoins.

Pour demeurer dans l’air du temps, l’innovation doit se faire suivant un bon design, que ce soit dans le développement d’outils technologiques permettant de mieux utiliser les infrastructures de la ville, dans l’aménagement d’un lieu ou dans l’amélioration de l’équipement public sur le plan ergonomique. Le défi est alors de composer avec les infrastructures et les systèmes existants, et de savoir en tirer profit. Par exemple, l’aménagement d’un lieu doit tenir compte de sa composante historique, des populations qui le fréquentent ainsi que de l’architecture qui y est déjà implantée. L’innovation ne doit pas se faire aux dépens du patrimoine, mais plutôt s’en inspirer pour mieux comprendre ce qui doit et peut être fait en réponse aux nouveaux besoins.

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Les bâtisseurs de la ville, ce sont les gens qui la pensent, les gens qui la fréquentent, et évidemment, les gens qui l’habitent. Afin de mieux réussir le mouvement de transformation, il faut allier les forces de chacun. Un exemple concret de cette application est l’aménagement des Jardins Gamelin à Montréal, l’été dernier. Au-delà du concept d’aménagement d’un espace public, cette place a été conçue de façon intuitive, tout en tenant compte des besoins de tout le monde. Ce carré, longtemps occupé par une population presque exclusivement itinérante, a su se réinventer et offre maintenant un espace que tout le monde peut fréquenter, et ce, sans pour autant en déloger les sans-abris! C’est désormais un endroit où les gens viennent chanter ou faire du karaoké, relaxer en faisant du yoga et jardiner. On peut y faire pousser des légumes, en plein centre-ville, et en faire une nourriture accessible aux personnes défavorisées. En outre, la connaissance du lieu et de son passé pourra inciter un utilisateur local à informer un touriste de ne pas réveiller un itinérant dormant au soleil, alors qu’il ne nuit à personne, car ce lieu, c’est aussi chez lui…

Finalement, l’innovation sociale doit aussi tenir compte de l’environnement. Les navrantes constatations tirées de la conférence de Paris COP21, sur les changements climatiques à l’échelle de la planète, nous rappellent que l’innovation doit se faire avec le souci de préserver nos ressources, tout en veillant à la réduction de l’empreinte de carbone et en se tournant vers l’énergie renouvelable.

L’innovation sociale dans la ville est une expression souvent galvaudée. Il faut avant tout adopter une vision générale de ce qu’est l’innovation : il faut changer les façons de penser pour modifier nos villes, tout en considérant les besoins, le design et l’environnement. La population prend de plus en plus son droit de parole et se fait écouter. L’innovation passe par la mise en commun des idées et c’est souvent ce qui fait la beauté et l’appréciation de ce qui finit par se réaliser.

Comment passer des crises aux opportunités ? Medellín: laboratoire de l’urbanisme social

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Par Léa Champagne

C’est durant le Forum Urbain Mondial à Medellín en avril dernier que la grande communauté de l’urbain a (re)pris conscience des mutations urbaines hors normes en cours en Colombie, plus particulièrement dans la capitale de la région d’Antioquia, Medellín.

Au début des années 2000, l’iconoclaste Sergio Fajardo prend les reines de la mairie de la capitale et assume dès lors l’avènement de profondes transformations urbaines après plus de 20 ans de violence tenace ; un laboratoire d’innovation sociale voit alors le jour. Et c’est précisément par l’urbanisme social qui fait son chemin sous l’égide de partenariats, basés sur la collaboration et l’interdisciplinarité, qu’il se déploie sur le territoire, largement fragmenté par la pauvreté et sa morphologie unique.

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Photo de Medellín: Léa Champagne

Le concept de processus a été fondamental – et continue de l’être – pour enclencher et mener à terme les projets urbains intégraux (PUI), soit trois types d’interventions propulsés par les nouveaux acteurs de la ville. Elles sont sociales, physiques et institutionnelles, elles doivent offrir une réponse novatrice à la complexité des êtres humains qui habitent et façonnent le territoire, elles sont avant tout holistiques. Depuis la définition du problème jusqu’à la réalisation des projets, la revitalisation des espaces marginalisés est devenue l’affaire de tous; une culture de l’inclusion s’est manifestement imbriquée dans le développement. Au lieu de miser sur la revitalisation du centre-ville, les élus de l’époque Fajardo se sont attaqués aux secteurs défavorisés et déconnectés physiquement des opportunités de la ville en raison de leur emplacement géographique en milieu escarpé et à risque vu la nature instable de l’environnement (glissement de terrain, déforestation, assèchement des cours d’eau). Qui plus est, c’est un investissement majeur dans la qualité de vie et l’équité socioterritoriale qui se voit géré durablement – c’est le troisième pilier du PUI, par un organisme lié à la communauté, afin que les habitants s’approprient la transformation, la préservent et l’amplifient. La coordination des interventions, allant de la structure économique productive au tissu social en passant par les PUI, est en quelque sorte la réponse que l’on cherchait depuis longtemps, raconte le maire sortant, Anibal Gaviria Correa.

Si c’est la réforme de la pensée sous-jacente à la transformation urbaine qui en a fait un modèle singulier de développement urbain, l’éducation à la responsabilité sociale des habitants à travers un questionnement permanent sur le qui, le comment et le pourquoi, par rapport au changement, à l’usage et à la consommation dans la ville, en a constitué le pilier fondateur.

Le dernier-né de cette série de transformations est un projet de corridor vert. Alejandro Echeverri, architecte engagé dans la transformation de l’aire métropolitaine de Medellín, n’a pas peur de dire que « le défi réside dans le changement de paradigme de notre relation à la nature. Elle n’est pas un obstacle au développement urbain, mais plutôt un prérequis pour que celui-ci se déploie harmonieusement »[1]. Plus près de chez nous, pensons à la High Line de New York, et pourquoi pas la route bleue de Montréal (ou celle du Québec) ayant permis la revalorisation des milieux maritimes.

Incluant le territoire, l’équilibre environnemental, les contributions et les expériences des personnes qui l’habitent, soit autant les dimensions objectives que subjectives de l’espace urbain, on a l’impression que quelqu’un a enfin mis à profit les fondements théoriques de la géographie en alliant territoire et société. Je ne peux que me réjouir de ces premiers pas et espérer qu’ils en inspireront d’autres.

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Photo de Medellín: Léa Champagne

[1] Alejandro Echeverri R., « Ilusión », http://www.elcolombiano.com/BancoConocimiento/I/ilusion/ilusion.asp

À propos de l'auteure:

Candidate à la maîtrise en géographie, Léa Champagne a fait des villes son sujet de prédilection. Elle travaille à titre d’agente de recherche au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et dans le cadre de sa maîtrise en géographie, elle s’intéresse à la participation des citoyens à la planification de l’habitat urbain, plus spécifiquement à la mobilisation des savoirs. Ce billet de blogue a été rédigé à la suite d’un séjour à Medellín en Colombie dans le cadre du 7e Forum urbain mondial des Nations Unies-Habitat. Cette participation a été possible grâce à l’appui du Centre d’écologie urbaine de Montréal.